Communiqué de presse



 Shirley Kaneda                                                           Provocative Pleasure                                                          6 juin - 25 juillet 2009
 
La Galerie Jean-Luc & Takako Richard est heureuse d’annoncer la deuxième exposition personnelle de Shirley Kaneda intitulée « Provocative Pleasure » du 6 juin au 25 juillet 2009.
 
Shirley Kaneda présente sept nouvelles peintures en deux formats. On retrouve des éléments de son langage abstrait qu'elle a développé à partir de 2000, à savoir ses pertubations ondulatoires fluides complexes, toutes en courbes qui rappellent des reflets de lumière sur des surfaces liquides ou/et des repartitions des liquides de densités différents en surface. Ces formes semblent mouvantes et éphémères. Ces peintures sont donc des arrêts sur images. Elles peuvent se développer dans l'espace, comme étirées, ou s'agglutiner en blocs compacts entièrement imbriqués les uns dans les autres. À une ecception près ses nouvelles oeuvres ouvrent sur des espaces immateriels du fait de la planéité et de la finesse de couches successives de peinture à l'huile posées minutieusement avec des pinceaux fins.

Ce nouveau travail marque une évolution importante : Shirley Kaneda réintroduit un langage géométrique défini par l’usage de lignes horizontales et verticales ainsi que par l’arc de cercle. Ces éléments géométriques semblent figés et stables à l’opposé du langage décrit précédemment. Shirley Kaneda aujourd’hui met en relation dans une même peinture un ordonnancement fluide, ondulatoire avec des éléments géométriques soumis à un autre ordre et à une autre temporalité.

Les quatre grandes peintures sont en fait présentées par ordre chronologique ce qui permet de saisir l’évolution créatrice de l’artiste. La peinture intitulée « Provocative Pleasure » marque la première apparition de la forme géométrique au sein de formes fluides : un cadre blanc rectangulaire qui sépare deux espaces infinis aux dégradés inversés. Trois groupes distincts de formes fluides sont positionnées sur les bords extérieurs du tableau : la première dans l’angle supérieur gauche s’étire vers le bas formant une courbe délicate, la seconde compacte et stable dans l’angle inférieur droit et la troisième, en fait un amas de formes biomorphiques de différentes couleurs en flottaison en haut du tableau. Dans cette peinture, la forme géométrique blanche apparaît mais reste au second plan. Les trois groupes de formes fluides en premier plan gardent la prédominance. Cette peinture est certainement la plus méditative par l’ampleur de ses espaces colorés infinis dont les couleurs de vert au jaune tranchent avec les couleurs plus rouges des formes fluides. Le second grand tableau chronologiquement parlant, intitulé « Enchanting Ennui » atteint un vrai équilibre entre les deux langages abstraits. Il est en cela une grande réussite. La forme géométrique qui pourrait se révéler être plusieurs formes superposées se compose elle-même à la fois de formes à angles droits et de formes en cercles qui coexistent également dans un parfait dosage. Ce second tableau est unifié aussi par la palette des couleurs à dominante de roses, rouges et violets. D’un côté nous avons une forme  géométrique de grande taille mais légère par de multiples vides entre des formes de châssis. D’autre part l’artiste positionne des formes fluides petites et compactes ou plus grandes et en dispersion. À ce premier équilibre général se rajoute une seconde harmonie au sein même de la structure géométrique. C’est uniquement dans cette oeuvre que l’on trouve de la matière en relief dans la forme rose foncée sinueuse située au bord droit. Le troisième grand tableau intitulé « Thunderous Silence » est la plus graphique. On retrouve le fond blanc cher à l’artiste. Des formes rectangulaires et une forme ronde sont pour la plupart reliées par des cadres rectangulaires en violet très foncé. On y retrouve trois formes fluides qui semblent flotter par-dessus voire au-dessous des formes géométriques. Pour la première fois apparaissent des effets de superposition, encore très légers, mais qui marquent peut-être une ouverture créatrice future. La palette des couleurs est variée les couleurs tranchées, différente des deux précédentes peintures. De part de rapport de couleurs contrastes et de part l’aspect très sombre des cadres rectangulaires, cette peinture est la plus graphique de l’exposition. La structuration géométrique à base de formes et lignes horizontales et verticales sombres a pris le dessus sur les formes fluides et complexes. On s’aperçoit à contrario, que le rectangle vert-jaune est amputé partiellement par une découpe de forme fluide du fond blanc. Cette destruction partielle correspond à une vibration engendrée par la forme fluide bleue et blanche qui est à côté. Il y a là une invention formelle remarquable qui traduit un rapport de forces entre les formes. La quatrième grande peinture « Lucid Ambiguity » est la plus complexe. Si « Provocative Pleasure » est la peinture la plus facile à lire, la dernière est celle dont la lecture est la plus difficile et dont l’appréciation nécessite une longue présence devant l’œuvre. La forme géométrique est composée de plusieurs cadres rectangulaires superposés dans leurs coins, formant une seule masse verticale sur la partie droite du tableau. Chaque cadre contient une composition de formes rondes qui sortent hors du cadre. Trois lignes verticales sur l’extrême bordure gauche et d’autres lignes verticales à gauche mais plus centrées complètent le langage géométrique. Le fond est blanc sauf à l’extrême droite de la toile entre les formes de cadres et le bord gauche du tableau où il est d’un lilas léger. Deux formes fluides seulement rentrent dans la composition : une forme compacte comparable à celle de « Provocative Pleasure » est placée dans le bas gauche qui recouvre les quatre lignes verticales et l’ensemble de cadres, la seconde est positionnée au centre gauche dans l’espace blanc et sur les lignes verticales. C’est une forme étrange de petite taille. Cette peinture a été improvisée sur la toile au lieu d’être conçue sur ordinateur. Il en est résulté un long processus créatif et des modifications nombreuses. La juxtaposition de la forme fluide sur l’ensemble de cadres géométriques est complexe, d’autant que la palette de couleurs de ce tableau pour l’essentiel est limitée à différents violets, ce qui rend plus difficile la distinction des formes. C’est incontestablement l’œuvre dont la composition est la plus recherchée avec un contraste marqué entre le vide et le plein. Au travers de ces quatre peintures on assiste à la complexification progressive des ensembles géométriques et à des dialogues riches et variés entre les deux langages abstraits que développe Shirley Kaneda.                                                 
  
Shirley Kaneda travaille ses formes en une seule échelle en peinture à l’huile. Il en résulte que dans ses formats moyens elle ne peut représenter qu’une seule forme fluide centrée. Elle présente trois peintures de format moyen, une horizontale et deux verticales. Le tableau horizontal au titre de « Restless Serenity » comprend des bandes horizontales en arrière-plan de la forme fluide. Celle-ci semble se développer horizontalement vers la droite et vers le bas du tableau, de sorte que des formes semblent sortir du bord bas du tableau. Le sens de ces bandes suggère visuellement une expansion principalement horizontale de la substance fluide et/ou son déplacement horizontal. Les couleurs bien que très variées s’harmonisent avec grâce. Les deux peintures verticales aux bandes de couleurs verticales ont pour effet d’enfermer la forme fluide et de la rendre ainsi immobile ou en tout cas plus stable. Cette impression est confirmée par la forme même qui est concentrée et ne semble pas se développer en expansion dans l’espace comme celle du tableau horizontal. « Comfortable Angst » présente des bandes verticales relativement larges aux couleurs douces sur fond blanc alors que la forme fluide du premier plan reprend les mêmes couleurs en plus foncé. Deux bandes horizontales délimitent les deux bordures horizontales du châssis avec des couleurs qui changent avec les bandes. On retrouve la même forme du premier plan pour l’essentiel avec les mêmes couleurs plus sombres, positionnée de la même façon dans la peinture intitulée « Energetic Fatigue ». La bande verticale centrale est de couleur claire alors que les bandes extérieures sont de couleurs foncées dont un bleu vif. Les bandes se poursuivent sur toute la hauteur de la peinture. Si on compare les effets des différentes couleurs et contrastes sur la perception, il résulte de la seconde peinture plus contrastée un plus grand détachement du premier plan au second plan vertical. D’autre part les bandes bleu vif extérieures, de par leur contraste avec le blanc, enferment la forme fluide dans un cadre rigide avec comme seule possibilité de mouvement éventuel un mouvement vertical. La première peinture du fait des bandes horizontales des bordures et des couleurs pastel des bandes paraît moins allongée, la forme fluide plus large car plus visible sur ses extrémités verticales qui se détachent mieux des bandes. La forme fluide semble stable enfermée en douceur par les bandes des quatre bords du cadre.

Les titres de ses peintures  sont des oxymores et cela prend tout son sens aujourd’hui. En faisant coexister des langages plastiques radicalement opposés Shirley Kaneda nous montre des oxymores visuels, matière à penser. Dans un monde où toute forme de conflits a tendance à s’amplifier de façon paroxystique, ses peintures nous montrent, si on le souhaite, qu’il est possible, avec intelligence, de trouver des voies pour que des systèmes différents, des régimes, des idéaux éloignés, des peuples... de simples voisins, puissent vivre et coexister ensemble.

Shirley Kaneda est née au Japon.  Elle s’est installée à New York depuis 1970 et a pris la nationalité américaine. Elle a reçu le Prix de la Fondation Guggenheim en 1999 et expose dans plusieurs villes des Etats-Unis ainsi qu’en Europe et en Australie.


La Galerie Jean-Luc & Takako Richard a publié une monographie de l’artiste avec un essai de Brooks Adams.